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MARCHER AVEC EUX

Le 11 juillet 1995 la ville de Srebrenica est prise par les forces Bosno-serbes. Une partie de la population se rend à Potocari à quelques kilomètres, 15 000 mille hommes et femmes choisissent de rejoindre la zone libre à travers la forêt, en direction de Tuzla. A Potocari, les forces Bosno-serbes séparent les hommes des femmes sous le regard impuissant des casques bleus hollandais. Les hommes seront assassinés quelques heures plus tard. Les femmes sont envoyées à Tuzla.

Ceux qui ont choisi de fuir par la forêt ont rejoint Nezuk, ville libre la plus proche, en marchant pendant plus de cent kilomètres en sept jours pour les plus rapides et chanceux. Plus de la moitié n’arriveront jamais, victimes de mines, d’embuscades et de bombardements. On recense aujourd’hui plus de huit mille disparus. Un grand nombre de corps ont été retrouvés dans différents charniers. Tous ne sont pas encore identifiés.

La deuxième  Marche Internationale de solidarité Srebrenica est partie de Nezuk, village en Fédération, sur l’ex ligne de front à l’est de Tuzla, qui a accueilli le 18 juillet 1995 les survivants de la colonne partis de Potocari le 11 juillet 1995.

Cette marche suit le chemin emprunté en 1995, mais dans l’autre sens, en direction de Srebrenica et de Potocari. Elle est appelée en Bosnie- Herzégovine, Marche de protestation de la mort et de la liberté « Put smarti e sloboda ». Elle est organisée par un comité de 15 responsables d’associations, présidé par Ramo Dautbasic, adjoint au maire de Srebrenica et principal organisateur de la Marche.

 La Marche est un hommage à tous ces hommes victimes des embuscades, des mines et des bombardements, au cours de ce long chemin vers la liberté et aux nombreux civils capturés et sommairement exécutés par les forces Serbes. Elle est aussi, pour ceux qui y participent, une façon de prouver leur solidarité à tous ces campagnards chassés de chez eux et de leurs villages en 1993 et qui depuis quelques années reconstruisent leurs maisons, cultivent leurs champs et tentent de redonner vie à leurs vallées, leurs collines, et leurs montagnes.

Car cette région est devenue, suite aux accords de Dayton, la « Republika Srpska », peuplée majoritairement de serbes. Les Musulmans de Bosnie qui reviennent et tentent de reconstruire leur maison, sont encore aujourd’hui victimes d’intimidation et de provocation de la part des serbes.

Symboliquement, la Marche constitue un trait d’union entre tous ces hameaux isolés, elle suit le chemin que les réfugiés doivent emprunter pour revenir chez eux.

Au départ, le 7 juillet 2006, nous étions 700 participants et un peu plus à l’arrivée à Potocari, après un parcours d’environ 105 Km, soit entre 25 à 30 Km par jour. En 2007, nous étions plus de 2000 participants

La Marche se termine le 11 juillet à Potocari où se déroule la cérémonie de commémoration. On enterre alors tous les corps identifiés dans l’année. Il y avait 620 corps en 2005 et 505 en 2006 et 475 en 2007.

Plus de 30 000 personnes assistent à cette commémoration, majoritairement des femmes, ayant survécu au nettoyage ethnique. Elles viennent enterrer les corps de leurs disparus depuis 12 ans, leurs pères, leurs fils, leurs frères.






dominique démaret
photographe




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